Le 13 février dernier, l’ISC-PIF s’est associé à la compagnie de théâtre LAPS-équipe du matin pour organiser une “conférence-théâtrale” autour de la question des femmes dans le domaine des mathématiques au profit de jeunes lycéens. Le but de cette manifestation est de sensibiliser les élèves à la problématique de la position de la femme dans le monde de la recherche de manière générale et dans les mathématiques de manière spécifique.

Dans le passé, le théâtre s’est toujours imposé comme briseur de tabous. Les sujets les plus durs à traiter ont fait leur entrée sur scène avant de nourrir notre imaginaire commun. Nos désirs les plus secrets, nos frustrations et nos hargnes passent mieux avec la distance et la légèreté que permet le théâtre.

En 2019, on croirait presque ne plus avoir besoin de monter crier sur scène. Du moins par si on se limitait à cette utilité particulière au théâtre décrite plus haut. Mais ne vous méprenez-pas, il est encore des sujets à jouer sur scène capables de nous donner des frissons quant à leur connotation dans la société. « Elle & L’infini » est un exemple de ces pièces de théâtre qui illustrent cette situation.

Le 13 février, dans le TOTEM de l’ISC-PIF, l’institut s’est associé à la compagnie de théâtre LAPS-équipe du matin pour organiser une manifestation autour de la question des femmes dans le domaine des mathématiques au profit de jeunes lycéens. Le but de cette manifestation théâtrale est d’alerter les élèves au sujet de la position de la femme dans le monde de la recherche de manière générale et dans les mathématiques de manière spécifique.

Et pour parler maths, il nous faut des mathématiciennes. Les chercheuses résidentes de l’ISC-PIF Charline Smadi et Sophie Martin nous ont présenté une partie de leurs sujets de recherche respectifs. Un petit avant-goût mathématique avant d’admirer la pièce de théâtre.

Charline Smadi et Sophie Martin, chercheuses résidentes à l’ISC-PIF. Credit photo : Margaux Calon

Les maths appliquées à la vie courante!

Quasiment aucun professeur de maths au lycée n’a échappé à la fameuse interrogation de ses élèves : « A quel moment de ma vie quotidienne je fais appel aux maths pour étudier toutes ces formules ? »

Mais savez-vous que les maths peuvent changer votre vie ? Peu s’en doute mais c’est la réalité. Durant 30 minutes, les deux chercheuses ont tenté de vulgariser les concepts mathématiques autour desquels s’articulent leurs recherches et leur lien avec les questions qui touchent à la société.

Ainsi, la théorie de la viabilité et de la gestion durable étudiée par Sophie Martin sauverait l’environnement. L’exemple des exploitations riveraines des lacs nous a été donné pour illustrer l’importance des maths pour les enjeux du développement durable. Revenons à nos lacs, ces derniers passent d’un état oligotrophe où le plan d’eau est clair, profond et pauvre en éléments organiques à un état de vieillissement dit eutrophe lorsqu’il y’a un déséquilibre provoqué par l’augmentation de la concentration d’azote et de phosphore dans le milieu. C’est l’eutrophisation des eaux. Ce phénomène, certes naturel, se produit sur des milliers voire des centaines de milliers d’années mais il est fortement accéléré par les matières nutritives et les sédiments apportés par l’homme et ses activités. Et ces activités ne sont pas uniquement et toujours néfastes. Les exploitants agricoles à titre d’exemple apportent le phosphore via les engrais organiques qu’ils utilisent dans leur agriculture. Comment faire ? Privilégier les eaux ou l’agriculture ? Les maths ont la réponse ! Et les formules mathématiques interviennent pour résoudre ce dilemme. Grâce à des modèles mathématiques, il est possible de définir l’exact seuil de tolérance des lacs pour préserver leur état oligotrophe tout en induisant au sol les engrais minimums requis pour l’exploitation agricole. Affaire résolue !

“Pour moi le terme inventer, c’est sorti de nulle part. […] On va plutôt essayer de se demander comment l’on peut représenter correctement les mécanismes. Ce qui prend le plus de temps, ce n’est pas tellement d’écrire une formule, c’est de voir ce que peut nous dire cette formule.” (Charline Smadi)

Les maths peuvent aussi être des alliés fidèles de la sociologie. C’est que nous explique Charline Smadi qui fait ses recherches autour des probabilités des dynamiques des populations. Elle nous fait voyager au 19e siècle outre-manche pour visiter le modèle de Galton Watson. Le chercheur britannique voulait étudier la disparition des patronymes et la probabilité que des lignées nobles existeront ou pas dans le futur. Le processus de branchement ou l’arbre de Galton-Watson permet de décrire les dynamiques des populations en se basant sur des formules purement mathématiques. Voilà l’un des exemples infinis où les maths ont résolu des problématiques de la vie réelle posées par d’autres disciplines.

La pièce “Elle & l’infini” – forme courte (30 minutes). Credit photo : Margaux Calon

L’histoire d’une femme qui n’existe pas! 

« Elle & L’infini » est une pièce de théâtre qui met la femme et les sciences au cœur de ce tableau artistique. S’interprète devant nos yeux un jeu d’acteurs où le personnage principal est une mathématicienne. A tour de rôle, tournent autour d’elle des individus qui sont tantôt ses parents, tantôt son instituteur, tantôt ses détracteurs ou encore sa fille.

On voit défiler la vie de la mathématicienne, ce qu’elle est devenue ou ce qu’elle aurait pu être si on ne s’était pas mêlé de son destin, ou tout simple si elle était un homme.

On défile aussi les époques, de celle où la femme de science est acceptée à celle où elle est persécutée en passant par celle où elle est interdite d’université.

La pièce nous donne des frissons et on voit en ce personnage plusieurs femmes savantes de l’Histoire. Des femmes passionnées par la science mais qui n’arrivent pas à exprimer leur passion ou sont obligées de la taire.

La pièce a suscité un grand débat entre les chercheuses, les acteurs et les lycéens. Ces derniers ont su voir au-delà du jeu théâtral, les messages cachés dans la pièce centrés autour de la position de la femme de science dans le monde de la Recherche.

Les chercheuses et les comédiens en débat ouvert avec les lycéens. Credit photo : Margaux Calon

Bilan des questionnaires: Ce que les élèves ont pensé

A l’issue de la séance, un questionnaire a été distribué aux élèves qui ont assisté à la pièce et à l’interaction avec les chercheuses. Voici les résultats recueillis :

Pourquoi ne connaît-on pas de femmes scientifiques?

  • Quel est le rôle des modèles mathématiques?

  • Qu’est ce que vous avez appris suite à cette séance?

Résultats recueillis auprès de LAPS/équipe du Matin


Post de blog rédigé par Kawtar Mawas, auditrice au Magister sur la Médiation Socio-Culturelle des Sciences et Techniques en société (CNAM) et stagiaire Communication Scientifique à l’ISC-PIF.