Sujet du stage

L’urgence écologique, dont nous prenons conscience depuis quelques dizaines d’années maintenant, a entraîné une transformation progressive des modes de mobilité urbaine de proximité vers des solutions qui favorisent les transports publics et les mobilités « douces ». Début 2020 en Europe, la pandémie de COVID-19 vient percuter ces transformations en cours et les individus réévaluent, en un temps très court, leurs options de déplacement entre des modes isolés comme l’automobile ou le vélo personnel, les transports publics, ou encore les services partagés comme le Vélo en Libre Service (VLS) [1].

Des considérations relatives aux risques sanitaires accrus ou aux risques de circulation moindre s’invitent par exemple dans les décisions individuelles. Si le contexte pandémique a dans l’ensemble donné un coup d’accélérateur à l’utilisation des VLS, on peut avancer au vu des premières analyses que cette accélération est différentiée suivant les secteurs urbains et les types de déplacements.

Le défi pour nos sociétés urbaines est maintenant de pérenniser et d’accompagner ces transformations d’usage. Cela passe par une analyse fine des dynamiques à l’œuvre en distinguant en particulier celles qui relèvent déjà du temps long et qui sont dues en particulier à la prise de conscience écologique, de celles qui relèvent de la crise sanitaire et qui ont réellement entraîné une bifurcation (au sens des systèmes complexes) dans la dynamique des usages en cours. Le projet dans lequel s’inscrit ce stage de Master aborde ces questions pour la ville de Toulouse et le cas des VelÔToulouse.

À Toulouse, deux ans après Lyon, c’est en 2007 que JCDecaux met en place les premiers VLS, les “velÔToulouse”, que nous avons aujourd’hui : près de 50 millions de trajets ont été effectués depuis leur mise en fonction, 100 millions de kilomètres parcourus, 284 stations équipées et 2600 vélos sont disponibles. Le projet que nous menons propose de croiser les données d’emprunts des velÔToulouse et des résultats d’enquêtes pour 1) comparer de façon interdisciplinaire la cartographie des usages des Vélos en Libre Service avant, pendant et après les périodes de confinement, 2) questionner l’effet de la pandémie COVID-19 à court et moyen termes sur les transformations d’usages des VLS, 3) penser la perspective d’une intensification de l’utilisation des VLS et de l’extension du réseau vers la périphérie urbaine toulousaine.

Le stage de master s’inscrit essentiellement dans le premier enjeu. Pour cela nous disposons des données d’emprunt des vélÔToulouse, sous la forme de fichier texte, depuis début 2019. Il s’agit d’environ 4 millions de log d’emprunts de velÔToulouse par an.

Le stage de master consistera à reconstruire la dynamique spatio-temporelle des emprunts de velÔToulouse depuis début 2019 en séparant les périodes pre-, pendant- et post-confinement, et à proposer des premières analyses. Les deux périodes de confinement pourront aussi être comparées.

Le stage comportera 4 phases :

  1. mise en place d’un outils automatique d’interrogation des fichiers de log, paramétré par la fenêtre temporelle et la localisation des stations à prendre en compte et qui fournit en sortie un graphe pondéré dont les nœuds sont les stations et les poids des arêtes correspondent au nombre de vélos empruntés à la 1ère station et rendus à la 2ème dans la fenêtre temporelle.
  2. comparaison des graphes de différentes périodes pre-, pendant- et post-confinements à l’aide d’outils classiques d’analyse de réseaux.
  3. implémentation d’une méthode « par flots de liens » [2] pour détecter des bifurcations ou changement de rythme et comparaison avec les résultats du 2).
  4. Tentatives d’interprétations.

[1] Bert, J., Schellong, D., Hagenmaier, M., Hornstein, D., Wegscheider, A. K., & Palme, T. (2020). How COVID- 19 Will Shape Urban Mobility. Boston Consulting Group
[2] Latapy, M., Viard, T. & Magnien, C. (2018). Stream graphs and link streams for the modeling of interactions over time. Soc. Netw. Anal. Min. 8, 61.

Profil recherché : Le stagiaire de master sera accueilli dans notre équipe pluridisciplinaire qui comporte deux mathématiciens, une sociologue, deux urbanistes-géographe, un économiste, une cartographe, et un anthropologue. Le stage s’inscrit dans le cadre d’un partenariat avec la métropole de Toulouse au sein du pôle d’expertise VILAGIL. Le profil que nous recherchons en priorité est un étudiant de master étant sensibilisé aux techniques d’analyse de réseaux et plus généralement de systèmes complexes, ayant de bonnes connaissances en informatique et en traitement automatique des données (Python, R, …), et ayant une appétence pour les approches interdisciplinaires.

Rémunération : Le stage sera d’une durée possible entre 4 et 6 mois et effectué intégralement en 2021. La rémunération est classique d’environ 570€ par mois, suivant le nombre de jours ouvrés.

Lieu de stage : Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires (LISST), UMR 5193 CNRS EHESS UT2J, Toulouse.

Contact et encadrant : Bertrand Jouve, Directeur de Recherche CNRS. bertrand.jouve@cnrs.fr