Journée mesure de l’opinion

Date/Time
Date(s) - 29/01/2026
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Institut Henri-Poincaré

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Journée mesure de l’opinion

Société française de statistiques

Colloque organisé par les groupes spécialisés de la SFdS ; Enquêtes et Socio-histoire de la statistique et des probabilités

Lieu : Institut Henri Poincaré, amphithéâtre Yvonne Choquet-Bruhat

9h-9h10 : Accueil

9h10-9h55 : Philippe TASSI, Ancien DG de Médiamétrie, Membre de la Commission Nationale des Sondages Vouloir connaître l’opinion publique : une si ancienne histoire

Résumé : Pas une semaine ne se passe sans des informations sur l’état de l’opinion : élections nationales ou municipales, sujets de préoccupation, etc. Nous allons remonter le temps, du moment présent aux travaux de Bourdieu en 1972, les années 1930 avec Jerzy Neyman et Gallup, les débuts de la mesure d’audience aux États-Unis dans les années 1920, l’exposé fondateur d’Anders Kiaer en 1895, sans oublier ce qui est probablement le point de départ en France : la préparation des États Généraux, ce qui nous mènera en 1302 et même en 1247, sous Louis IX.

9h55-10h40 : Morgane LABBÉ, Centre de Recherches Historiques (CRH-EHESS, Paris) Les enquêtes d’opinion dans les zones d’occupation militaire de l’Allemagne (1945-1949)

Résumé : Cet exposé rend compte de séries d’enquêtes sur l’opinion publique et les attitudes de la population allemande dans les zones d’occupation militaire américaine et française, lancées par les forces alliées au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Dans cette recherche
en cours, je rendrai compte à partir de documents d’archive et imprimés, du double contexte militaire et statistique de ces initiatives militaires méconnues, et me demanderai en quoi ces enquêtes renvoient à une nouvelle conception de la guerre et de l’occupation dans leur rapport avec les populations civiles et de l’attrait pour le sondage comme technique d’investigation psychologique en temps de guerre.

10h40-11h : Pause-café

11h-11h45 : Mathieu GALLARD, Directeur d’études chez Ipsos bva Les défis actuels dans la mesure de l’opinion

Résumé : Pour les instituts de sondage, la mesure de l’opinion constitue aujourd’hui un exercice d’une complexité croissante, tant les défis à relever sont nombreux et imbriqués. La diversité sociale et culturelle croissante des sociétés contemporaines rend la constitution d’échantillons véritablement représentatifs de plus en plus ardue. Parallèlement, la fragmentation des systèmes partisans et la volatilité des comportements électoraux contribuent à brouiller les repères sur lesquels s’appuyaient traditionnellement les enquêtes. À cela s’ajoutent la méfiance croissante ressentie par des segments importants de la population envers les enquêtes par sondages. Enfin, la médiatisation exacerbée des sondages accentue le risque de surinterprétation et de confusion entre photographie de l’opinion et prédiction du réel. Comment, dès lors, redonner sens et rigueur à la mesure de l’opinion dans un environnement aussi complexe et mouvant ?

11h45-12h30 : Guénaëlle GAULT, directrice générale de L’Obsoco Mesurer l’opinion ou comprendre la société ?

Résumé : Les défis de la mesure de l’opinion sont souvent – et légitimement – posés en termes méthodologiques. Cette intervention propose toutefois de déplacer le regard vers deux  autres zones d’ombre. En amont : le questionnement. Les catégories d’un sondage ne sont pas des réalités naturelles mais des cadrages qui pré-structurent ce que l’on va trouver. En aval : l’analyse. Les analyses issues de tris croisés, les typologies donnent à voir des oppositions là où il y a aussi souvent des tensions internes, des trajectoires et des contradictions fécondes. L’approche qualitative – questions ouvertes, entretiens, observations – apporte ici quelque chose d’irremplaçable : faire émerger ce qui n’a pas encore de nom,
désagréger le sens des mots que le sondage agrège, saisir des logiques et non seulement des positions. Dans une période de mutations particulièrement importantes, nombre de transformations souterraines – dans le rapport au travail, à l’information, à la consommation – n’ont pu être mesurées qu’après avoir été perçues et nommées par l’écoute qualitative. Comment, dès lors, articuler mesure et compréhension pour ne pas confondre le chiffre avec le sens ?

12h30-14h : pause-déjeuner

14h-14h45 :Emmanuel RIVIÈRE, Cofondateur et Partner, La Warroom – Analyse de l’opinion, écoute et engagement des publics La révolution de l’IA fera-t-elle disparaître la distinction entre quali et quanti ?

Résumé : La césure traditionnelle entre les sondages quantitatifs pourrait-elle disparaître dans les bouleversements que l’IA entraîne sur la pratique des études d’opinion ? La possibilité de confier à des robots conversationnels la conduite d’entretiens en grand nombre, comme les capacités accrues d’analyses de corpus très volumineux, permettent de combiner les deux approches. S’ajoute, avec la création de répondants virtuels, un autre développement des IA susceptible de créer une nouvelle césure, entre les études d’opinion simulées et celles consistant encore à interroger de vrais individus.

14h45-15h30 : Jean CHICHE, Chercheur émérite au Cevipof Patricia SCHULTZ, Directrice de projets au CESP,
Enquêtes par sondages : l’enjeu de la qualité des sources de recrutement

Résumé : Les difficultés croissantes de joignabilité, notamment au téléphone, rendent les enquêtes par sondage plus onéreuses mais amènent aussi à se poser la question de leur bonne représentativité. Une des solutions pour remédier à ces problèmes est de diversifier les sources de recrutement et de mixer les modes de recueil. Or la qualité des sources utilisées comme bases de sondages est un aspect premier et essentiel pour espérer obtenir un échantillon de qualité, représentatif de la cible étudiée. Alors que le recours à des bases qualifiées (access panel online, fichiers qualifiés, réseaux sociaux…) est de plus en plus développé, cette communication interrogera les conditions de leur usage et suggérera des bonnes pratiques d’introduction de ces sources dans nos enquêtes. Ces recommandations ont été proposées par le Comité Scientifique du CESP.

15h30-16h15 : David CHAVALARIAS, Directeur de recherche CNRS au CAMS (EHESS) et Directeur de l’Institut des systèmes complexes de Paris Île-de-France Reconstruction des dynamiques d’opinion « in vivo » à partir des données sociales du web

Résumé : L’arrivée des données sociales du web dans les années 2000 a ouvert un nouveau champ de recherche autour de l’observation « in vivo » et à grande échelle des comportements sociaux et la possible analyse de l’opinion des acteurs. Pour autant, ces approches posent autant de questions qu’elles apportent de réponses : qu’observe-t-on vraiment ? Les cohortes sont-elle représentatives ? Quels sont les bons proxy pour  inférer les opinions ? Cet exposé présentera quelques méthodes de reconstruction des dynamiques sociales à partir de données d’interactions en s’appuyant sur plusieurs études concrètes dans le domaine de la politique ou des débats sur le réchauffement climatique. Nous montrerons dans quelle mesure il est possible d’en tirer des enseignements sur la formation des ou de l’opinion.

16h15-17h00 : Antoine JARDIN, Arlequin IA, Paris IA et données sociales, pouvoirs et limites des modèles de langage

Résumé : Les modèles de langage (LLM) ont été découverts presque involontairement à la fin des années 2010 avant de devenir célèbre avec la sortie de gpt3 en 2022. Ces modèles représentent aujourd’hui ce que l’on a l’habitude d’appeler « l’intelligence artificielle » bien que les usages des réseaux de neurones soient beaucoup plus variés. Pour beaucoup d’analystes des questions sociales, les modèles de langages apparaissent comme un outil privilégié du traitement des données qualitatives. Cette présentation abordera ce que peuvent et ne peuvent pas faire les LLM en discutant, à partir de l’exemple du grand débat national, leur usage pour l’analyse sociale et en soulignant l’impact de l’IA pour les enquêtes et les études.

17h00 : Clôture de la journée