Ce projet a pour objectif d’illustrer la compréhension que peut apporter le traitement de données issues des réseaux sociaux sur les enjeux de communication politique et de mettre en évidence les caractéristiques de la diffusion d’information dans la sphère politique et citoyenne.

Contexte : TIC et macroscopes sociaux

En provoquant la migration d’un grand nombre de contextes de production de connaissances – depuis les discussions informelles jusqu’à la production de théories scientifiques en passant par le débat politique – vers des supports numériques, l’essor des technologies de l’information et de la communication (TIC) a révolutionné notre rapport aux productions culturelles de nos sociétés. L’entrée des TIC dans l’ère du web 2.0 à ouvert, entre autres, de nombreuses opportunités pour une recherche qui se situe à la croisée entre l’innovation et les sciences humaines et sociales. Grâce aux outils du Big Data et aux méthodes issues de l’analyse et la modélisation des systèmes complexes, il est aujourd’hui possible d’extraire simultanément et à grande échelle les contenus sémantiques et les réseaux d’acteurs présents dans les différentes sphères des TIC.

Au sein de l’ISC-PIF, je dirige une équipe spécialisée dans le développement de ces méthodes et outils qui permettent l’analyse de systèmes complexes tels que les réseaux socio-sémantiques. Nous proposons ainsi de nouveaux modes d’interactions avec les productions scientifiques et culturelles de nos sociétés. Nous appelons ces outils des « macroscopes sociaux » en référence à cet outil virtuel décrit par Joël de Rosnay qui permet d’observer un système complexe en adoptant un point de vue “extérieur”. Ces macroscopes ambitionnent d’accompagner les citoyens, responsables politiques, industriels et les scientifiques dans la connaissance de nos sociétés comme ont pu le faire le microscope ou le télescope pour la connaissance du vivant ou de l’Univers.

Le politoscope à la Cité des Sciences

Ce projet est né de la concurrence entre le développement à l’ISC-PIF de l’infrastructure Multivac (Maziyar Panahi), de recherches sur la diversité d’information dans le projet Algodiv et d’une sollicitation de la Cité des Sciences et de l’Industrie à participer à l’exposition TERRA DATA (Avril 2017 – Octobre 2017).

Une partie des résultats du projet Politoscope a été présentée pendant l’exposition sous forme de visualisation interactive. Nous y proposons une vue thématique permettant d’explorer de manière comparée les prises de position et débats sur les différentes thématiques (éducation, immigration, Europe, sécurité…) et d’observer les réactions des médias et de la Twittosophère vis-à vis de celles-ci.

PUBLICATION POLITOSCOPE

Principaux résultats

Les communautés politiques peuvent être reconstruites à partir des données de Twitter

  • L’utilisation de Twitter par les communautés politiques permet de reconstituer l’évolution du paysage politique d’un pays pendant une campagne présidentielle à travers la correspondance entre les différents courants politiques et les communautés reconstruites algorithmiquement à partir de leurs traces numériques,
  • Au événements politiques clés (officiels et non officiels) correspondent des structures mathématiques identifiables dans le paysage politique reconstruit, comme la division, la fusion, la disparition, l’apparition ou le changement abrupt de la taille des communautés,

Cette reconstruction donne un aperçu des structures des communautés politiques et de leur dynamique (cas de la France)

  • Les communautés en ligne peuvent se reconfigurer en très peu de temps à la suite d’événements clés tels que des victoires aux primaires ou des alliances entre dirigeants,
  • Il existe une structure communautaire politique générique sur Twitter, composée d’un noyau de militants qui restent plusieurs semaines au sein de la communauté, d’un ensemble de membres périphériques beaucoup plus volatile et d’un ensemble intermédiaire de comptes couvrant un large spectre de participation,
  • Les communautés politiques sont hétérogènes en ce qui concerne l’activité en ligne, l’engagement, l’intégration politique et la politisation de leurs membres, ce qui suggère à la fois des profils différents d’engagement politique d’une communauté à l’autre et une dynamique distincte pour recruter de nouveaux membres. La caractérisation, à partir de traces numériques, de la variété des processus qui soutiennent la cohésion d’une communauté reste un défi ouvert,
  • Les personnes ayant des opinions politiques extrêmes ont tendance à être les plus attachées à leur idéologie,

Cette reconstruction donne un aperçu de l‘impact des communautés sur la diffusion de l’information et en particulier sur leur rôle dans le phénomène des fausses nouvelles (le cas de la France)

  • La structure de la communauté en ligne limite la diffusion de l’information parmi les activistes de Twitters, la plupart des cascades de retweets se produisant au sein d’une ou deux communautés,
  • Le paysage politique français de Twitter ressemble à un “split brain” du point de vue des fausses nouvelles : un “hémisphère” produit ou diffuse des fausses nouvelles, l’autre produit ou diffuse des réfutations,
  • Les fausses nouvelles semblent être plus populaires que leurs réfutations en termes de nombre de comptes atteints, mais le phénomène s’inverse au niveau communautaire : la diffusion des fausses nouvelles tend à se limiter à moins de communautés que les autres nouvelles politiques. Par conséquent, dans l’évaluation de l’impact des fausses nouvelles, il faut tenir compte non seulement du nombre de personnes touchées, mais aussi de la diversité des communautés concernées.
  • Dans l’ensemble, sur Twitter, pour la politique française, le phénomène des fausses nouvelles semble assez limité tant en termes de volume (ordre de grandeur de 0,01%) qu’en termes de diversité des communautés concernées. (72,9% de toutes les fausses nouvelles analysées ont été produites et diffusées par seulement deux communautés politiques). Leur diffusion est donc avant tout l’œuvre des communautés politiques et non de profanes en politiques

Présentation

Présentation (PDF) pour le lancement du Politoscope, 3 avril 2017.

  • David Chavalarias (CNRS/EHESS, ISC-PIF/CAMS), responsable Scientifique
  • Maziyar Panahi (CNRS, ISC-PIF), reponsable de l’infrastructure Big Data, chef de projet Multivac
  • Noé Gaumont (CNRS/EHESS,  CAMS/ISC-PIF), analyse de réseaux
  • Alexandre Delanoë (CNRS, ISC-PIF) : fouille de texte, chef de projet Gargantext

Le Politoscope est développé à partir de Multivac Platform, la plateforme Big Data de l’ISC-PIF qui traite plus de 10 milliards de données et offre divers outils big data : Hadoop, moteurs de recherches, clusters, traitement de données en temps réel, text mining.

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