De Emilien Dubuc, 13’, 2023
Un jeune biochimiste récemment émigré tente de comprendre les origines de la vie en reconstruisant une cellule artificielle, tout en s’habituant à sa vie de nouvel arrivant, passée entre le microscope et la vie à échelle réelle avec ses nouveaux amis.
Note de l’auteur :
En troisième année, un de mes ateliers se concentrait sur le montage. Comme il fallait vite obtenir des images et des sons pour pouvoir aller au coeur de l’exercice, je me suis dit que j’allais faire un film en found-footage, et plus précisément un film d’amour fait à partir d’archives vidéos de publications scientifiques. Un film qui ne nécessiterait que très peu de temps de tournage, un film qui s’inspirerait de mon histoire de scientifique (donc un document), mais qui aurait aussi assez de marge fictionnelle pour ne pas s’embourber dans le quotidien pas toujours glamour d’un thésard. J’aimais bien l’idée de reparler de science, construire un pont entre 12 ans de ma vie passés dans un labo, et mon envie de m’exprimer par le film.
Bon nombre de publications scientifiques, surtout celles en biologie synthétique, se basent sur des expériences documentées par microscopie. Les publications sont hélas rarement en libre accès car la recherche académique est victime d’une extorsion de fond de la part de quelques grands groupes de publication scientifique, parmi lesquels Elsevier, Nature, Springer, pour ne citer qu’eux. (Cette extorsion se justifiant par une soi-disant garantie de qualité éditoriale, régulièrement contredite par la rétractation de nombreux articles frauduleux).
En quittant la recherche académique, je m’étais rendu compte à quel point les chercheur-ses indépendants se retrouvaient rapidement sur la touche car l’outil principal de communication scientifique, la publication, ne leur est plus accessible (les abonnements sont excessivement chers), sauf pour des articles produits par des financements publics en Europe, pour lesquels les laboratoires paient un supplément invraisemblable pour une publication dite “open-access”.
Une nuance intéressante : de nombreux articles sont accompagnés de suppléments de matériel, souvent des montages vidéos ou des photos un peu brutes des expériences. Ces suppléments ne sont pas contrôlés par les éditeurs, donc ils demeurent en libre accès et sont souvent sous licence Creative Commons, qui permet de manipuler ces images comme bon nous semble, par exemple pour en faire des films. J’ai donc téléchargé tout ce qui m’intéressait (j’avais pris des notes quand j’étais chercheur, sur quels articles avec les plus belles images), puis j’ai rapidement commencé le montage, qui s’est avéré très ludique.